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Interview d’A.J. Twice : science, magie et émotions dans Jusqu’au plus profond des Astres

Interview d’A.J. Twice : science, magie et émotions dans Jusqu’au plus profond des Astres

Votre nouvelle duologie “Jusqu’au plus profond des Astres” mêle science, magie et dark academia. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’explorer ce mélange de genres, et comment avez-vous trouvé l’équilibre entre ces influences ?

Grands passionnés de tout ce qui touche à l’univers – dans sa définition la plus scientifique -, nous souhaitions avoir pour toile de fond le cosmos et les étoiles (très présentes dans LPDM, mais de manière plus fantaisiste), ainsi que l’astronomie. Par souci de réalisme, et afin de ne pas nous heurter à l’œil critique des puristes, nous ne voulions pas que l’histoire soit étiquetée science-fiction ; il y a d’ailleurs un avertissement volontairement un peu rusé à ce sujet, dès le tout début du roman. Nous n’avions ni les épaules ni les connaissances nécessaires pour nous engager pleinement dans ce genre.

Quoi de mieux, alors, que d’utiliser la magie pour nous offrir des libertés et moduler la science à travers notre imaginaire ? C’est ainsi qu’est né le terme « Scientasy ». Ce mot existe déjà, bien qu’il désigne autre chose ; nous l’avons simplement revisité à notre manière.

Quant à la Dark Academia, nous avons toujours été attirés par cet esthétisme, son architecture et la littérature qui en découlent. L’atmosphère de l’Académie de Lockford – un Oxford fictif – dans laquelle évoluent nos protagonistes s’y prêtait à la perfection. Cela faisait également écho à nos thématiques : les passions intellectuelles, la quête incessante du savoir, la fascination pour la mort et l’élitisme. Introspection, érudition, mélancolie, romantisme : un ensemble idéal pour donner de l’impact à notre histoire et l’ancrer dans un monde presque palpable.

L’équilibre s’est fait naturellement, car, en réalité, il n’y a pas d’un côté la Dark Academia, de l’autre la science, et ailleurs la magie. Tout s’est entremêlé, comme les ingrédients d’une seule et même potion.

Après une saga épique et poétique comme La Passeuse de Mots, qu’avez-vous souhaité explorer différemment dans cette nouvelle histoire ?

Notre nouveau roman aborde des sujets plus sombres et plus pointus : le deuil, l’élitisme intellectuel, l’invisibilisation des femmes dans le milieu académique et, d’une certaine manière, l’intelligence artificielle. Les personnages y sont plus âgés et plus matures, ce qui nous a permis d’explorer les relations de façon plus approfondie, notamment à travers une histoire d’amour déjà établie, fondée sur des bases solides. On y retrouve aussi un rapport à la sensualité et à la sexualité bien différent. Tout est plus.. décomplexé !

Vous parlez souvent d'hypersensibilité et de liens. Comment ces deux éléments structurent-ils votre manière de créer des univers et des personnages ?

Les émotions sont souvent le fil conducteur de nos histoires. C’est ce qui nous vient en premier : qu’est-ce qu’on a envie de faire ressentir avec cette histoire ? Nous avons tendance à reléguer l’intrigue au second plan, après la psychologie des personnages : la relation qu’ils entretiennent avec les autres, le monde en général, mais aussi vis-à-vis d’eux-mêmes. C’est peut-être aussi ce qui rend nos récits singuliers, dans la mesure où ils sont parfois considérés – à juste titre, même si nous aimons aussi jouer avec nos lecteurs et accentuer le foreshadowing – comme contemplatifs et introspectifs.

Nous faisons souvent l’apologie de la lenteur dans l’écriture/la lecture, parce que nous aimons laisser les choses s’installer. Les liens et les émotions demandent justement du temps. Par exemple, dans Jusqu’au plus profond des astres, il fallait que le thème du deuil soit traité avec justesse. La guérison ne peut pas être expédiée en deux chapitres. C’est long, c’est intense, ça se fait par étape.

Notre désir en tant qu’auteurs est le suivant : que les lecteurs se sentent intégrés à l’histoire, qu’ils la vivent plus qu’ils ne la lisent ; qu’ils s’investissent dans les personnages, se reconnaissent en eux, s’y attachent, les comprennent – ou non, d’ailleurs. Et c’est essentiel.

Sensibilité et relations humaines sont les pierres angulaires de nos romans. C’est notre patte, indissociable de notre style de plume. Il faut aimer plonger au cœur des états d’âme humains : le reste – intrigue, worldbuilding, décor – s’articule autour.

Votre duo a évolué depuis 2014 avec plusieurs projets en cours. Comment votre écriture à quatre mains s’est-elle transformée au fil des années et des livres ?

C’est vrai que cela fait plus de dix ans… Il est intéressant de s’arrêter quelques minutes et de prendre conscience du chemin parcouru.

Au fil des années, nous avons appris à identifier nos forces et nos faiblesses. Nos forces, nous les avons approfondies ; nos faiblesses, nous avons travaillé dessus afin de nous surpasser.

Nous sommes aussi beaucoup sortis de nos zones de confort. À l’époque, nos « rôles » étaient assez prédéfinis : l’action pour l’un, les descriptions pour l’autre. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Cela nous a permis de ne pas nous lasser et de toujours prendre du plaisir à écrire. De se lancer des défis, de comprendre qu’on est capable de tout faire.

Nous nous faisons confiance à 100 %. Nous savons comment l’autre travaille, pense, ressent. Nous savons aussi quand prendre le relais, devenir un pilier lorsque l’un de nous vacille. Nous avons trouvé notre rythme de croisière, notre organisation. Nous sommes, d’une certaine manière, plus efficaces qu’avant. La machine est bien rodée. 

Nous progressons ensemble, nous apprenons l’un de l’autre. D’année en année, de livre en livre.

Ainsi, cette écriture à quatre mains n’a fait qu’évoluer positivement. Nous sommes véritablement des âmes sœurs de plume. Et ça, ça n’a pas changé.

“Jusqu’au plus profond des Astres” interroge la perte et la mémoire. Qu’est-ce qui vous fascine dans ces thématiques, et pourquoi reviennent-elles aujourd’hui dans votre écriture ?

Qu’y a-t-il de plus précieux que nos souvenirs ? Au fond, ce sont eux qui font ce que nous sommes, ce qui forge notre personnalité. Les bons souvenirs, les mauvais, les traumatismes, les émotions ressenties à une période donnée de notre vie : tout cela fait partie de notre bagage humain.

Se souvenir, c’est parfois plus fort qu’aimer – ou, du moins, une forme d’amour. Se souvenir, c’est aussi éviter de répéter les erreurs du passé. La mémoire est un véritable coffre rempli de trésors. Elle est la connaissance. Elle est l’Histoire. Elle est une source dans laquelle puise notre cœur. Voilà pourquoi elle nous fascine. Peut-être aussi parce que nous sommes, en partie, des personnes nostalgiques, tournées vers le passé. Et qu’en fin de compte, la mémoire est tout ce qu’il nous reste de ce qui a été et qui n’est plus.

Quant à la perte, nous y sommes tous et toutes confrontés un jour. Ce n’est pas tant une fascination qu’un besoin d’expier, de se guérir, d’aider les autres à surmonter. La mort est à la fois belle et terrible. Et, d’ailleurs,  la mort et la mémoire sont intrinsèquement liées.

Ces thèmes traversent notre écriture parce qu’ils sont importants pour nous. Ils relèvent parfois du vécu, parfois d’un besoin d’exorciser ou de tenir à distance certaines peurs. Et surtout, parce qu’ils constituent un carburant idéal pour des romans poétiques, sensibles et mélancoliques.

Vous écrivez désormais dans plusieurs registres (fantasy, romantasy, contemporain). Comment décidez-vous du genre ou de l’atmosphère d’un nouveau projet ? Est-ce une envie spontanée ou le résultat d’un long mûrissement ?

Un peu des deux. La plupart de nos histoires arrivent au bon moment, lorsqu’on en a besoin – parfois même sans le savoir. Comme nous le disons souvent, les étoiles s’alignent pour nous. Il ne s’agit pas vraiment d’une inspiration divine, mais plutôt d’un rappel discret de l’Univers.

Pour JAPPDA, par exemple, l’idée est née durant l’écriture particulièrement intense du tome 4 de La Passeuse de Mots. Presque par hasard, à la suite d’une simple vidéo sur Instagram. L’un de nous, se sentant de plus en plus dépassé et fatigué par le rythme infernal d’écriture, avait voulu s’éloigner et fuir quelques instants de la page blanche de son ordinateur. Et là, il y a eu comme des « flashs ». Puis cette phrase : « Je crois que je viens de voir le personnage de notre nouveau roman. »

La rencontre entre une histoire et son auteur est quelque chose d’assez étrange, presque intime. Un peu comme deux inconnus qui se percutent dans la rue et ressentent, l’espace d’un instant, une énergie particulière. On sait que ce n’est pas le cas de tous les auteur.ices, bien sûr, certains forcent cette rencontre, vont la chercher, et c’est très bien aussi, mais pas nous.

Ainsi, au-delà même de nos envies conscientes, certaines histoires s’imposent à nous, sans que nous réfléchissions d’abord au genre ou à l’atmosphère. Cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y ait pas, ensuite, tout un processus de réflexion et de développement – bien au contraire. L’Univers nous montre la voie ; à nous ensuite d’arpenter le long chemin jusqu’à la destination finale.

À l’inverse, nous avons aussi, dans nos tiroirs, de nombreuses histoires pensées sur le long terme. Les idées y infusent pendant des mois, parfois des années, avant de revenir à la surface. Nous y retournons de temps à autre, en attendant le moment où nous nous sentirons prêts à les écrire et à les partager. Celles-ci, nous pouvons les choisir au moment opportun, les piocher selon notre état d’esprit immédiat ou le genre que nous avons envie d’explorer.

Ces derniers temps, par exemple, nous sommes de plus en plus attirés par la dark fantasy ou le new adult. Peut-être parce que nous vieillissons… et que nous évoluons.

La Passeuse de Mots a marqué énormément de lecteurs par son souffle et sa poésie. Qu’avez-vous envie que l’on retienne de votre nouvelle duologie, émotionnellement parlant ?

Que guérir prend du temps. Qu’il faut écouter ses ressentis plutôt que ceux du monde extérieur, où tout va trop vite, où l’on laisse peu – voire pas – de place aux émotions, et où l’on voudrait passer à autre chose trop rapidement. C’est un mal qui traverse notre société actuelle, et plus encore le monde littéraire. Que chacun vit son deuil à sa manière.

Aussi, qu’il n’existe pas de cases – et qu’il ne devrait pas y en avoir – lorsqu’il s’agit d’amour. Qu’il n’y a rien de plus important que ce dernier  : l’amour de soi, des autres, de ce que nous sommes, de ce que le monde a de plus beau à nous offrir. Il ne faut pas avoir peur d’aimer. Fort et intensément. Les autres, soi-même. Car au fond, le plus grand deuil serait de n’avoir jamais connu cet/ces amours-là.

Et ne pas oublier la puissance des souvenirs.
La puissance des femmes.
La fragilité des hommes.

Qu’il faut parfois se perdre pour se retrouver.
Que la vie est éphémère et précieuse, et qu’il faut donc choisir ses combats, sans laisser les autres éteindre notre lumière.

Qu’on peut aller mieux, même quand on pense que ça n’arrivera jamais.

Ainsi, émotionnellement, nous aimerions que les lecteurs se sentent réparés. Comme s’ils avaient retrouvé un fragment d’eux-mêmes.

Votre communauté est particulièrement engagée et fidèle. Comment intégrez-vous leurs retours, attentes ou réactions dans votre processus créatif — ou, au contraire, comment vous en détachez-vous pour préserver votre vision ?

Nous ne l’intégrons pas, parce que lorsque nous sommes en plein processus créatif, nous nous plaçons dans une bulle à deux. Le reste n’existe plus, jusqu’au moment où nous décidons de partager nos mots. Il est essentiel pour nous de ne pas être influencés. De toute façon, nous savons ce que nous voulons raconter et comment nous souhaitons le raconter. Et cela ne changera pas, quels que soient les retours.

On peut prendre l’exemple de la saga LPDM, dont la fin du tome 7 est figée depuis plus de dix ans. Peu importent les théories ou ce qui peut déplaire : la destination finale restera la même. C’est trop important. Car même si les lecteurs font partie de l’histoire, nous aimons penser qu’elle nous appartient toujours. Nous sommes les maîtres du destin de notre douce et forte Arya.

En revanche, il est vrai que les attentes ont parfois exercé une forte pression sur nos épaules – pression que nous nous imposons déjà assez nous-mêmes. Pour le tome 5 de LPDM, cela a quelque peu débordé. Avec l’expérience, nous avons appris à nous en détacher : en prenant du recul, en nous éloignant des réseaux sociaux, mais aussi en exprimant plus ouvertement ce que nous ressentons. Nous sommes humains, pas des machines. À une époque, nous souffrions aussi beaucoup des critiques négatives ; elles ont été une source d’angoisse profonde, d’autant plus que nous sommes hypersensibles. Avec le temps, nous avons compris qu’il est impossible de plaire à tout le monde – et que c’est OK. Nous avons donc choisi de regarder à travers les yeux de celles et ceux qui nous aiment uniquement.

Notre communauté est incroyable. Nous avons une chance immense de les avoir : ils nous soutiennent avec ferveur. Nous ne les remercierons jamais assez. Mais personne ne pourra changer la destinée des personnages – désolés ! Même avec des pots-de-vin…

Votre écriture est décrite comme “complémentaire”, presque fusionnelle. Y a-t-il encore des moments où vos sensibilités divergent fortement, et si oui, comment transformez-vous ces divergences en richesse narrative ?

Honnêtement ? Non. Tu peux enlever le « presque » dans ta question : nous SOMMES fusionnels. Dans la vraie vie comme dans l’écriture. Nos envies, nos attentes, nos rêves et notre sensibilité en matière d’écriture sont les mêmes. Notre complémentarité n’est jamais source de divergence. Il peut y avoir des détails à ajuster au cours de l’élaboration d’un manuscrit, des compromis à trouver, mais rien de fondamental ou d’insurmontable. C’est avant tout une question d’écoute, de compréhension et de communication. Et c’est ça qui est enrichissant.

Mais non, jusqu’à présent, nous sommes restés sur une même longueur d’onde. Nos sensibilités s’accordent et fleurissent ensemble – du moins pour les histoires que nous avons racontées jusqu’ici. Peut-être qu’un jour, nous aurons envie d’explorer des choses différentes. Qui sait ?

Vos romans ouvrent toujours sur des univers très identitaires. Comment se construit l’imaginaire d’un monde chez A.J. TWICE : par les personnages, par la géographie, par un concept fondateur… ou par une émotion ?

Ça rejoint en grande partie la troisième question. Tout commence souvent par un personnage et son émotion. Ensuite, nous brodons autour, en creusant, en allant en profondeur, en réinventant le monde avec notre prisme, notre sensibilité. C’est d’ailleurs la partie qu’on préfère, quand nos esprits créatifs sont en ébullition et que tout prend forme !

Pour JAPPDA, il n’y avait d’abord que l’image du personnage principal, Linus Heartgreeves, seul et profondément triste dans sa tour d’astronomie, entouré de lettres. Puis est venu un deuxième personnage, bien plus burlesque et extravagant : Diana. Ensuite. Le contrepoint. Le tout inséré dans une atmosphère académique, dans un faux Oxford pluvieux, magique, un peu vieux jeu. Puis est venue l’idée de la Scientasy que nous avons développée à un niveau jamais vu dans l’histoire de l’élaboration de notre world building. Les relations entre les personnages se sont alors créées très naturellement. Les thématiques et les messages sont apparus à leur tour.

De fil en aiguille, l’univers s’est tissé pour devenir un vaste canevas. Le personnage et son émotion est ainsi le noyau central autour duquel vient graviter tout le reste.

Enfin, pour vos lecteurs assidus : pouvez-vous partager une sensation, un mot-clé ou une image qui capture l’essence du tome 2 de Jusqu’au plus profond des Astres — sans rien spoiler ?

Voir. Entendre. Dire

Merci beaucoup pour ces questions ! Et bonne lecture à tous ceux et celles qui découvriront JAPPDA !

Merci infiniment A.J. Twice d’avoir pris le temps de répondre à nos questions et de nous avoir offert cet échange aussi passionnant que sincère. On espère que les lectrices et lecteurs de La Forêt du Livre ont pris autant de plaisir à découvrir les coulisses de votre univers que nous à vous lire.

Pour suivre A.J. Twice, rendez-vous sur leur compte Instagram ou sur leur site web.

Article proposé par :

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Cynthia
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